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Supprimer les ressaisies entre logiciels

Supprimer les ressaisies entre logiciels

L’administration fiscale range les saisies et ressaisies manuelles parmi les coûts que le traitement des factures fait peser aujourd’hui sur les entreprises, et attend de la facturation électronique 4,5 milliards d’euros de gains de productivité par an à l’échelle de l’économie française, tous postes confondus. Sur le flux des factures fournisseurs, la loi fait donc une partie du travail à votre place. Ailleurs dans vos logiciels, la même adresse, le même numéro de commande et le même montant continuent de se taper deux fois, parfois trois. Supprimer les ressaisies entre logiciels ressemble alors à un chantier technique, une liaison à poser entre deux outils. Vous n’en aurez besoin que dans une partie des cas. Dans les autres, la recopie disparaît en amont, quand vous changez la forme sous laquelle la donnée arrive ou la personne qui la tape. Et sur chaque recopie, une question précède le choix du moyen : ce que la personne qui la fait ajoute pendant qu’elle tape, parce que ce travail ne disparaît pas avec la frappe.

Remonter à l’endroit où la donnée est tapée la première fois

Une ressaisie se voit au milieu de la chaîne, quand quelqu’un ouvre deux fenêtres côte à côte et recopie de l’une vers l’autre. Vous ne la supprimerez pas à cet endroit. La question utile porte sur le moment où la donnée est entrée chez vous pour la première fois, et sur la forme qu’elle avait alors.

Trois situations produisent une ressaisie, et une seule appelle une liaison. Un document arrive chez vous et quelqu’un en retape le contenu. Une information est détenue par un tiers à qui personne n’a donné le moyen de la saisir, et vos équipes la tapent à sa place. Ou bien l’information est déjà dans un de vos logiciels, correctement tapée, et l’outil qui en a besoin ne sait pas la lui demander. Vous traitez les deux premières en amont, souvent sans développement.

La saisie unique nomme le résultat visé, une information tapée une fois là où elle apparaît, que les autres logiciels reçoivent ensuite. Elle ne dit pas par quel moyen y arriver, et ce moyen change selon la situation.

La facture reçue, et ce que le format structuré change depuis septembre 2026

La première de ces trois situations est la facture fournisseur, celle dont le traitement est le mieux documenté. Elle arrive en PDF par courrier électronique, quelqu’un y lit le montant, le numéro et la référence de commande, puis les tape dans le logiciel comptable ou dans l’outil de gestion.

Ce flux a changé de nature le 1er septembre 2026, date depuis laquelle toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques. Émettre les siennes reste échelonné, les PME et les micro-entreprises n’y étant tenues qu’au 1er septembre 2027. La réception, elle, concerne déjà tout le monde, et c’est bien elle qui porte la ressaisie : celle que vos équipes subissent vient des factures de vos fournisseurs, pas de celles que vous envoyez.

Une facture électronique est émise, transmise et reçue dans un format structuré, avec un ensemble de données obligatoirement transmises, du SIREN du fournisseur au taux de TVA. La documentation de l’administration tranche le point : une facture électronique n’est pas un PDF envoyé par courrier électronique. Une personne lit un PDF, un programme lit un format structuré. La frappe cesse d’être le seul chemin entre la facture reçue et votre outil comptable, à condition qu’une plateforme fasse le lien entre les deux.

Cette plateforme doit être agréée par l’État, qui en comptait autour de 150 fin août 2026, dont plusieurs proposaient des offres gratuites ou sans surcoût. Vous pouvez en changer si vos besoins évoluent, ce qui fait du branchement à votre comptabilité le vrai sujet. Sur ce flux, votre travail porte donc sur ce raccordement, et non plus sur la saisie.

La donnée que votre client ou votre salarié saisirait lui-même

La deuxième situation couvre les informations qui naissent en dehors de vos logiciels. Une demande reçue par téléphone, un bulletin rempli sur papier, des coordonnées transmises par courrier électronique : la donnée est née chez un tiers, et elle entre chez vous par le clavier d’un de vos salariés.

La saisie à la source donne à cette personne le moyen d’entrer l’information une seule fois, sous une forme que votre logiciel reçoit directement. Ce moyen prend la forme d’un formulaire qui crée la fiche, d’un espace où le client complète son dossier, ou d’un écran où le technicien enregistre son intervention sur place. Ce transfert déplace surtout une responsabilité : celui qui détient l’information la saisit, et vos équipes cessent de servir d’intermédiaire de frappe entre deux systèmes.

La saisie à la source a une contrepartie. Une saisie faite par un tiers arrive sans les vérifications que vos équipes appliquaient sans les nommer, et vous devez porter ces vérifications dans le formulaire, sous forme de champs obligatoires, de listes fermées et de refus explicites. Un site qui crée la fiche client directement depuis un formulaire, sans créer de doublon détaille ce déplacement des contrôles.

Reste la troisième situation, celle où l’information est déjà chez vous, correctement saisie, dans un logiciel qui ne la partage pas. Une liaison est alors la bonne réponse, et ce qui suit porte sur ce qu’il faut trancher avant de la commander. Le geste attendu n’y est pas toujours le même, puisque recopier une valeur d’un outil à l’autre engage moins que faire exécuter un geste.

Ce que la personne qui retape ajoute au passage

Une ressaisie se décrit comme une recopie manuelle, et c’en est rarement une. Entre la lecture dans le premier écran et la frappe dans le second, la personne complète ce qui manque, met en forme ce qui ne rentre pas dans la case, écarte ce qui ne doit pas passer, et tranche quand les deux versions ne disent pas la même chose. Rien de tout cela ne figure dans une procédure, et personne ne le reprend le jour où une liaison prend le relais.

C’est la raison pour laquelle une connexion posée trop vite déçoit. Le temps de frappe revient bien aux équipes, mais les écarts que la frappe corrigeait ressortent en aval, dans les documents envoyés aux clients ou dans les états du mois. Le décompte se fait alors dans un autre service que celui qui a gagné les minutes.

La description vient avant la technique. Ce que fait la personne pendant qu’elle tape tient en une page, écrite devant son écran plutôt qu’en salle de réunion. Cette page rend deux listes : les transformations à reprendre dans la liaison, et celles que personne ne sait décrire, qui restent alors sous validation humaine.

Les champs que le second logiciel exige et que le premier n’a pas

Deux logiciels décrivent rarement la même chose avec les mêmes cases. Un outil commercial retient un nom d’usage, un logiciel de facturation exige la raison sociale exacte. Un devis porte une adresse de chantier, la comptabilité veut une adresse de facturation. Un champ obligatoire d’un côté n’a pas d’équivalent de l’autre, et la personne le remplit de tête, à partir de ce qu’elle sait du dossier.

Chacun de ces champs demande trois décisions avant d’être branché : d’où vient la valeur, quelle règle la construit quand aucune source ne la contient, et que fait la liaison quand cette règle ne donne rien. La troisième manque presque toujours au premier jet. Une liaison qui n’a rien à écrire dans un champ obligatoire s’arrête, écrit une valeur par défaut, ou met le dossier en attente. Vous choisissez laquelle des trois, et ce choix se voit plus loin dans votre chaîne.

Quand plusieurs logiciels portent la même information, une question précède la liaison : lequel détient la version qui fait foi pour ce champ. Une donnée de référence, comme l’identité d’un client, se range à un seul endroit, tandis qu’une donnée d’activité peut vivre en plusieurs exemplaires sans dommage. Vous faites ce tri avant tout choix technique, et savoir laquelle de vos données réclame un endroit unique le reprend donnée par donnée.

Le tri que personne n’a écrit

Une ressaisie n’emporte pas tout ce qui est à l’écran. La personne qui la fait laisse de côté les lignes annulées, les commandes d’un client en litige, les dossiers dont elle sait qu’ils changeront avant la fin de la semaine. Ce filtre repose sur des informations que personne n’a écrites, et il est une part du travail que la fiche de poste ne mentionne pas.

Une liaison ne devine pas ce tri. Elle transporte ce que sa règle décrit, et les cas jusque-là écartés ressortent en aval, où quelqu’un devra les traiter avec moins de contexte. Vous récupérez la règle en posant deux questions à la personne concernée : ce qu’elle ne recopie jamais, et à quoi elle le reconnaît. Ses réponses deviennent les conditions de la liaison, et les cas qu’elle n’arrive pas à formuler gardent une validation.

Une partie de ce tri n’a pourtant pas à être reprise. Une ressaisie qui filtre des données que le second logiciel n’aurait jamais dû recevoir signale un périmètre mal posé, et le corriger vaut mieux que le programmer.

L’écart entre les deux versions, et ce que la relecture n’en voit pas

Le coût d’une ressaisie tient à trois postes. Le temps de frappe se compte en minutes, et c’est le moins cher. Les deux autres se voient moins, l’écart lui-même et le délai pendant lequel il existe sans que personne le sache.

Un écart naît d’une faute de frappe, d’une lecture trop rapide, d’une abréviation ou d’un champ laissé vide, et il ne se manifeste pas au moment où il se produit. Il apparaît quand quelqu’un décide à partir de la mauvaise version, et la remise en ordre suppose alors de rouvrir chaque dossier traité depuis la frappe. Le délai compte donc autant que la fréquence des erreurs, puisque deux logiciels rapprochés une fois par mois laissent un mois pendant lequel un devis peut partir au mauvais tarif.

Contre ces écarts, le réflexe est de relire, et une étude de 2011 le chiffre. Dans la revue Computers in Human Behavior, Kimberly Barchard et Larry Pace ont fait recopier trente feuilles de données à 195 étudiants entraînés à une méthode, selon trois procédés : la saisie unique, la relecture visuelle de sa propre saisie, et la double saisie, faite deux fois puis comparée. La relecture visuelle a produit 2 958 % d’erreurs de plus que la saisie faite deux fois, et sa différence avec la saisie unique n’est pas établie.

Cette mesure porte sur une transcription vers un fichier de données, sans transformation au passage, donc sur la part la plus mécanique d’une ressaisie. Elle ne dit rien du reste du travail décrit plus haut, et c’est ce qui lui donne sa valeur ici : même sur le geste le plus simple qui soit, la relecture n’a rien rattrapé de mesurable.

Une objection tient debout. Vos équipes connaissent leurs dossiers quand les étudiants ne connaissaient pas les leurs, et cette connaissance rattrape des valeurs invraisemblables qu’une relecture aveugle laisse passer. Elle ne rattrape que celles-là. Un numéro de commande faux reste plausible, un montant décalé d’un chiffre aussi, et ce sont ceux-là qui partent chez le client.

Ce qui rattrape réellement se pose du côté du logiciel : un contrôle de saisie qui refuse un format impossible, une liste fermée à la place d’un champ libre, une comparaison automatique qui signale les fiches en désaccord. Un classeur partagé porte le premier quand quelqu’un l’a paramétré, et il ne porte pas les deux autres. C’est l’une des différences que reprend ce qu’un outil impose à la saisie et qu’un tableur laisse passer.

Laquelle de vos ressaisies traiter en premier

Le premier critère qui vient à l’esprit est le temps, celui qui fait traiter d’abord la ressaisie la plus longue. Un deuxième classe mieux vos recopies, c’est ce que devient la donnée après la seconde saisie. Une information qui reste interne se corrige quand l’écart se voit. Une information qui part vers un client, un fournisseur ou une administration engage votre entreprise sous sa forme fausse, et sa correction demande un avoir, un courrier ou une déclaration rectificative.

Les recopies qui alimentent une facture, un contrat, une commande ou une déclaration passent donc avant celles qui alimentent un état de suivi interne, même quand elles prennent moins de temps.

Le nombre de mains compte aussi. Une ressaisie tenue par une seule personne se décrit en une page. La même répartie sur trois services en demande trois, et il faudra n’en retenir qu’une. Cet arbitrage pèse plus lourd sur la description que le volume à faire passer.

Tout ne se supprime pas pour autant. Une ressaisie de quelques fiches par an ne justifie ni abonnement ni développement, et la garder à la main vous coûte moins que la maintenir.

Le jour où la recopie s’arrête, les deux bases ne sont pas d’accord

Une ressaisie tenue à la main pendant des années laisse deux jeux de données qui ont divergé. Des fiches créées d’un seul côté, des orthographes différentes, des dossiers clos ici et toujours ouverts là. La liaison ne règle pas cet héritage, elle le révèle, souvent dès le premier jour.

Vous décidez d’abord du périmètre du rapprochement. Reprendre l’intégralité de l’historique coûte cher et sert rarement. Se limiter aux fiches encore actives laisse le reste consultable dans l’outil d’origine, et la profondeur retenue se fixe sur votre cycle commercial plutôt que sur le volume disponible, sauf si une durée de conservation imposée par la loi s’applique à ces données : elle prime alors sur ce que vous jugeriez autrement suffisant à garder. Ce choix se prend avant la comparaison, quand la liste des écarts n’existe pas encore.

Vient ensuite la règle qui tranche les écarts. Pour chaque champ concerné, un des deux logiciels l’emporte, et cette préséance se décide champ par champ plutôt que logiciel par logiciel : l’adresse de facturation vient de la comptabilité, l’interlocuteur commercial vient de l’outil commercial. Reconnaître que deux fiches désignent bien la même société est un travail à part entière, et la méthode pour rapprocher deux fiches qui parlent du même client tient sur sa propre page.

Restent les fiches sans correspondance, celles qui n’existent que d’un côté. Elles se rangent en trois lots : celles à créer dans l’autre outil, celles à archiver parce qu’elles n’ont plus d’objet, et celles à examiner une par une. Vous mesurez le troisième lot avant la bascule, sur un simple export des deux côtés.

La bascule gagne à ne pas être nette. Gardez la saisie manuelle quelques semaines pendant que la liaison tourne en parallèle, et comparez les deux résultats sur des cas réels. C’est le seul endroit de votre chaîne où taper deux fois se justifie : la seconde saisie n’alimente rien, elle sert de contrôle. Ce qu’elle cherche, ce sont les règles fausses, celles qui se trompent de la même façon sur chaque dossier. La recopie s’arrête quand les écarts constatés se réduisent à des cas explicables, pas à la date inscrite au planning.

Une page par ressaisie, écrite devant l’écran

Nous menons un entretien par ressaisie, devant l’écran de la personne qui la fait. Il rend une page, et cette page est ce que nous chiffrons. Ce qu’elle ne contient pas, nous vous le signalons plutôt que de le programmer au jugé.

Nous mesurons ensuite l’écart entre vos deux bases avant de chiffrer, parce que le lot de fiches sans correspondance pèse parfois plus lourd que la liaison elle-même. Le code que nous écrivons dans ce cadre vous appartient.

Une partie de vos ressaisies se supprime sans nous. Quand la donnée arrive déjà dans un format structuré, quand une plateforme agréée ou un connecteur du marché couvre le flux, nous vous orientons vers eux. Nous développons sur ce que ces catalogues ne portent pas : les champs qu’aucune source ne contient, les tris qui dépendent de votre métier, les rapprochements qui doivent rendre compte de la version retenue. Le moyen y dépend d’abord de ce que chacun de vos deux logiciels autorise à lire et à écrire.

Deux ressaisies voisines ne se traitent pas toujours dans l’ordre que leur coût désigne. La suppression de l’une dépend de ce que vos autres liaisons transportent déjà et du rythme auquel elles le font, et la page qui fixe à quelle fréquence chaque donnée doit repasser d’un outil à l’autre traite ce point pour l’ensemble de vos flux.

Sources

Tout savoir sur la facturation électronique, direction générale des finances publiques, impots.gouv.fr, consulté le 9 septembre 2026, https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/1_metier/2_professionnel/EV/2_gestion/290_facturation_electronique/faq_tout_savoir_facturation-electronique.pdf

Facturation électronique : soyez prêt au 1er septembre 2026, entreprendre.service-public.gouv.fr, 2 septembre 2026, https://entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A18953

Barchard K. A. et Pace L. A., Preventing human error: The impact of data entry methods on data accuracy and statistical results, Computers in Human Behavior, volume 27, numéro 5, 2011, pages 1834 à 1839, https://doi.org/10.1016/j.chb.2011.04.004

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